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L’identification à l’agresseur : un mécanisme de survie psychique

L’identification à l’agresseur est un mécanisme de défense qui apparaît le plus souvent dans des contextes de violence, de maltraitance ou de relations précoces profondément insécurisantes. Il s’agit d’une stratégie de survie psychique mise en place lorsque l’enfant se trouve pris dans une relation paradoxale : la figure dont il dépend pour exister psychiquement est aussi celle qui fait peur, humilie, rejette ou agresse.

Dans ce type de configuration, l’enfant ne peut ni s’opposer, ni fuir, ni même penser ce qu’il vit. La relation est vitale et incontournable. Pour ne pas rester uniquement dans une position de victime impuissante, l’enfant peut alors s’identifier inconsciemment à l’agresseur. Il adopte certains traits, attitudes ou modes de fonctionnement de celui qui fait souffrir. Cette identification lui permet de transformer une position de passivité subie en une position psychiquement plus active, lui donnant l’illusion d’un contrôle et réduisant l’angoisse liée à la dépendance et à la peur.

Ce mécanisme a été particulièrement théorisé par Sándor Ferenczi, qui décrit l’identification à l’agresseur comme une réponse extrême à un traumatisme relationnel précoce.

Pour préserver le lien vital à l’adulte, l’enfant met de côté ses propres émotions, ses besoins et parfois même son ressenti corporel, afin de s’adapter au fonctionnement de l’autre. Cette adaptation se fait au prix d’un clivage interne : la souffrance est niée, retournée contre soi ou déplacée.

À l’âge adulte, cette identification peut se manifester de différentes manières. Elle peut apparaître sous la forme d’une grande dureté envers soi-même, d’un discours intérieur extrêmement critique, voire violent, qui reprend inconsciemment la voix de la figure agressante intériorisée. Elle peut aussi s’exprimer dans les relations, par un besoin de contrôle, une difficulté à s’abandonner affectivement, une posture de domination ou, au contraire, par la répétition de relations asymétriques où la violence psychique se rejoue.

Dans le travail thérapeutique, l’identification à l’agresseur n’est pas considérée comme un mécanisme à éliminer, mais comme une défense qui a été nécessaire à un moment donné de l’histoire du sujet.

L’enjeu est d’en comprendre l’origine, de mettre des mots sur le vécu traumatique ancien et de permettre progressivement au patient de se dégager de cette organisation défensive, afin de retrouver des modalités relationnelles plus sécurisées et plus respectueuses de lui-même.

 

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