Poser ses limites au travail : un acte de santé mentale

Dans la pratique, les psychopraticiens observent de plus en plus de personnes épuisées, tendues ou au bord de la rupture émotionnelle à cause de leur environnement professionnel. Des salariés, des managers, des enseignants, des soignants, des indépendants… Tous ont un point commun : ils ne savent plus dire non.

Dire non à une tâche supplémentaire, à un mail tard le soir, à une réunion qui déborde sur le temps personnel. Dire non à cette injonction silencieuse d’être toujours disponible, performant et irréprochable. Dans un monde du travail qui valorise la productivité avant l’humain, poser des limites est devenu un véritable acte de santé mentale.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon le Cabinet Technologia (2023), 12 % des salariés français sont à haut risque de burn-out, soit plus de 3 millions de personnes. Le baromètre Empreinte Humaine (2024) révèle que 1 salarié sur 2 rapporte un niveau de stress élevé au travail, et 2,5 millions sont déjà en état d’épuisement sévère.
Les femmes sont particulièrement touchées : 65 % d’entre elles déclarent que leur travail est une source majeure de stress (Stress Zéro, 2025). À l’inverse, le bore-out, l’épuisement par ennui, concerne désormais près de 30 % des salariés, souvent invisibles car ils “tiennent” sans se plaindre.

Derrière ces chiffres se cache une réalité humaine : celle de personnes qui se sentent débordées, vidées, ou inutilement mobilisées. L’une est submergée de tâches, l’autre s’éteint dans la routine et le manque de sens. Mais toutes partagent une même difficulté : poser une limite, exprimer un besoin, reconnaître une fatigue.

Ne pas poser de limite, c’est peu à peu perdre contact avec soi. C’est ignorer les signaux du corps, repousser le moment du repos, minimiser la fatigue. Jusqu’au jour où le corps finit par parler : douleurs physiques, troubles du sommeil, irritabilité, crises de larmes, angoisses, palpitations.
Le burn-out n’arrive pas d’un coup ; il s’installe discrètement, chaque fois qu’un “non” avalé devient un “oui” forcé.

Poser une limite, ce n’est pas un refus d’engagement, mais un acte d’équilibre. C’est se protéger pour continuer à s’impliquer avec sens. C’est reconnaître que l’on n’est pas une machine, mais un être humain avec un rythme, des émotions et des limites.
C’est aussi rappeler une vérité simple : on ne peut pas bien travailler si l’on ne va pas bien.

Les patients en épuisement professionnel décrivent souvent une culpabilité diffuse : celle de ne jamais “en faire assez”. Ils s’épuisent à prouver, à anticiper, à satisfaire, à compenser. En séance, il s’agit de remettre du sens dans leur investissement : comprendre pourquoi ils donnent autant, à qui ils cherchent à plaire, et ce qu’ils redoutent s’ils s’arrêtent.
Car donner plus que ce que l’on a, ce n’est pas de la loyauté, c’est une forme de perte de soi.

Poser ses limites, c’est aussi réapprendre à respecter le temps. Le temps du repos, de la réflexion, du silence. C’est accepter de différer, de respirer, de ne pas répondre immédiatement.
C’est une résistance douce face à la culture de l’urgence et du “toujours plus”.
C’est affirmer que la performance durable passe par la préservation du psychisme.

Les chiffres confirment ce besoin vital de rééquilibrage. Le baromètre Ifop (2023) montre que 4 salariés sur 10 estiment ne pas pouvoir parler librement de leur charge de travail à leur hiérarchie. Et 40 % des employés ressentent un désengagement vis-à-vis de leur poste (Ignition Program, 2025).
Ces données traduisent une profonde crise du sens et de la parole : on ne sait plus dire stop, ni comment se faire entendre sans craindre d’être jugé.

Poser ses limites au travail, c’est donc bien plus qu’un acte individuel : c’est un enjeu collectif.
C’est rappeler que le bien-être psychologique n’est pas un luxe, mais une condition de santé publique.
C’est aussi redonner du pouvoir d’agir aux salariés, du courage aux managers et de la responsabilité aux organisations.

Savoir dire non, c’est protéger son énergie.
Savoir dire stop, c’est préserver son équilibre.
Et savoir s’arrêter, c’est souvent ce qui permet de continuer.

Le cadre professionnel doit redevenir un lieu d’expression humaine, où le travail ne se confond plus avec la valeur de l’individu.
Accepter de poser ses limites, c’est se choisir sans renoncer à ses ambitions.
C’est comprendre que la santé mentale n’est pas négociable, et que le respect de soi est la première forme de compétence professionnelle.

© Tous droits réservés – Charline Nicolas – 2025

Texte original rédigé dans le cadre d’une réflexion psychologique sur la santé mentale au travail, la prévention du burn-out et la restauration du sens au sein des organisations.

0 réponses

Laisser un commentaire

Rejoindre la discussion?
N’hésitez pas à contribuer !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *